MON CINEMA DANS LA VILLE

J’ai lu récemment dans un bouquin que Darwin affirmait que pour permettre à un couple de durer il fallait qu’il aille s’installer à la campagne. La raison est bien simple même si elle risque de vous surprendre ; la ville offre beaucoup de tentations car elle permet de nombreuses rencontres. Et parmi les lieux de rencontre possible il y a les salles de cinéma. Des endroits intéressants pour toute sorte d’expériences.

J’avais besoin de prendre l’air, sortir faire un tour, pour me détendre et réfléchir. Quand mes parents commencent à se disputer je préfère partir. Je sors de chez moi et je trouve le facteur dans mon couloir qui sonne à la porte de ma voisine. Même si le bruit de la cloche est assourdissant le facteur sonne toujours deux fois car il sait qu’elle est un peu sourde.

Je vais chercher mon vélo dans le parking, mais le voleur de bicyclette a encore frappé. C’est la troisième fois en cinq mois qu’on vole mon moyen de transport préféré dans cette ville de plus en plus polluée. Je suis dans l’obligation de marcher. Je passe devant les boutiques et je remarque les gens qui s’entassent devant les commerces. J’assiste à une scène où les femmes semblent au bord de la crise de nerfs et se bagarrent entre elles pour profiter des soldes.

 

Je sens une goutte sur ma tête. Il commence peu à peu à pleuvoir. La pluie s’intensifie. Je regarde autour de moi et je décide d’entrer dans le premier endroit public que je remarque. C’est une salle de cinéma. Une session matinale où on projette un film de Walt Disney que je connais assez bien. Je pénètre dans l’obscurité de la salle et je m’assois dans le premier siège que je vois libre. Je remarque à coté de moi une très jolie blonde. Elle pleure. A l’écran la scène où meurt Baloo. C’était la quatrième fois que je voyais le film et les deux premières fois je n’avais pas pu m’empêcher de pleurer à cet instant là. Je n’ai pas supporté les grosses larmes de la petite fille. Mon bras frôle sa main et je lui dis : « C’est pas vrai, il est vivant ». Elle me regarde comme si elle était effrayée ou quelque chose comme ça, comme si elle se réveillait. Elle n’a rien dit et elle a continuée à se concentrer sur le film en évitant mon regard jusqu’à la fin. Je me suis senti comme un con. Je décide de lui donner ma rose que j’avais cueillie dans le parc. Je lui fais savoir que c’est une rose magique que j’ai trouvé en Egypte, la Rose pourpre du Caire, qui porte bonheur. Elle me remercie avec un sourire. A l’extérieur, le ciel commence à se dégager et je remarque qu’au loin s’en vont les nuages.

 

Je n’ai jamais revu cette fille.

Je pensais ne pas avoir de problème de vue jusqu’au jour où je me suis retrouvé dans une autre salle de cinéma. J’ai crié au projectionniste pour qu’il répare la bobine : « c’est flou ! ». Il projetait Marx Brothers à l’Ouest. Mais personne ne me suit dans mon action et deux personnes de la rangée de devant se sont retournées et m’ont regardé étrangement. Une fille mince qui était assise à ma droite s’est penchée sur le fauteuil libre qui nous séparait et avec le plus grand sourire que je n’avais jamais vue dans une salle obscure m’a dit : « Pourquoi tu ne les essaies pas un instant », pendant qu’elle me passait ses lunettes. Je croyais qu’elle plaisantait mais avec les lunettes sur mon nez j’ai vu Groucho, Harpo, et le klaxon de Harpo avec une grande netteté. Cette découverte m’a plongé dans l’embarras.

Elle s’appelait Sandra. On a regardé ensemble Histoires de Philadelphie, The Big Sleep, Les parapluies de Cherbourg et Les 400 coups.

J’ai perdu sa piste après l’été. Je ne l’ai jamais revue.

 

Je décide de me promener dans le parc. Je sens que le printemps vient de faire son entrée. Je cueille une rose du jardin et je continue ma route. Je remarque que le temps commence à devenir menaçant. Le vent de plus en plus fort fait s’envoler les parapluies. J’ai tout de suite le sentiment que Mary Poppins va descendre du ciel avec son parapluie à la main et son sac en fourrure, autant en emporte le vent. Je déteste que mes cheveux s’envolent alors je décide d’entrer de tourner à gauche et entrer dans une cafétéria. Mais je me retrouve dans le hall un cinéma.

 

Elle s’appelait Michelle, comme la chanson des Beatles. Elle aimait bien les chansons de John Denver et moi c’est elle que j’aimais bien. Le cinéma nous plaisait à tous les deux et on a pris rendez-vous pour regarder une session continue de Woody Allen ; Manhattan et Annie Hall. Il pleuvait beaucoup et on est arrivé très tard, à cause de l’embouteillage. C’était très dommage car je ne supporte pas de rater les génériques. Mais comme il s’agissait d’une session continue, on pouvait regarder ensuite le début du film. Le fait est qu’on n’a pas pu regarder le début de Manhattan ni la fin de Annie Hall. Quarante minutes après la projection on a senti une fumée blanche. Ils ont arrêté le film, allumé les lumières et un responsable nous a signalé que le cinéma commençait à prendre feu. Le public a commencé à sortir de façon ordonnée et je me suis permis de demander qu’on me rembourse mon argent. Le responsable s’est excusé gentiment et il nous a donné un pass pour un autre jour. A l’extérieur du cinéma, Michelle et moi on s’est regardé et on n’a pas pu retenir notre rire, car cela avait bien eu lieu même si ça ressemblait à un rêve étrange. Il pleuvait encore et on a marché dans la rue pendant qu’au loin on entendait la sirène des pompiers. On est rentrés dans un restaurant très romantique et très cher et on a porté un toast pour nous deux. Avant de sortir on a volé un parapluie et on s’est promenés jusqu’à l’aube. On a tout de suite eu l’envie de chanter sous la pluie. Sous le parapluie et sous l’effet de l’alcool j’ai embrassé les lèvres entrouvertes de Michelle et je me suis senti très heureux. Peu de jours après je suis retourné en France. Je conserve toujours le ticket du cinéma brûlé à New York dans mon portefeuille.

Mais je n’ai jamais revu Michelle.

 

Elle s’appelait Clarisse. Elle me rendait fou. Elle était impulsive. Elle était une femme voluptueuse, inquiète et marrante. Elle était parfaite. On se donnait rendez-vous les week-ends. Un mardi d’été on est entré dans un nouveau cinéma qui comportait six salles. Je voulais qu’elle regarde Diner de Barry Levinson. J’avais déjà vu le film plusieurs fois. J’ai senti l’odeur du neuf et de la moquette bleue. La salle était complètement vide. Dix minutes après nos corps s’entremêlaient sur les sièges. On était toujours seuls. Clarisse s’est arrêté de m’embrasser et avec un léger sourire sur son visage elle m’a demandé : « On baise? ». Moi comme un con j’ai demandé : « Ici ? » et elle avec un sourire totalement ouvert m’a répondu : « Non, pas ici. C’est très inconfortable… Viens ! ». Elle m’a pris la main et m’a conduit devant l’écran, juste devant la première rangée des sièges. Elle a commencé à se déshabiller. J’avais déjà entendu parler des gens qui font l’amour dans des cabines téléphoniques, dans des autocars ou près des voies ferrées quand le train est sur le point de passer. L’excitation du risque à être découvert et les lieux insolites, ne me tentaient pas tellement, mais à en juger de par mon érection je m’étais trompé. C’était tout simplement magnifique. On était fatigués, en sueur et on est sorti de la salle. Après avoir remarqué qu’il n’y avait personne à l’extérieur, on est rentré dans une autre salle sans payer et on a vu La belle au bois dormant pour se reposer et reprendre des forces. Le cinéma me plaisait de plus en plus… et Clarisse aussi.

C’était deux année incroyables. L’odeur des pop-corn m’excite toujours aujourd’hui. Je crois que Clarisse habite en ce moment avec un hindou. En Inde, un pays qui adore le cinéma.

Je ne l’ai jamais revue.

 

Le livre de la jungle, Les Marx Brothers à l’Ouest, Histoires de Philadelphie, The Big Sleep, Les 400 coups, Les parapluies de Cherbourg, Manhattan, Annie Hall, Diner, La belle au bois dormant…je les ai encore revus. D’ailleurs, je les ai en cassettes vidéo.

Mais ce n’est pas la même chose.

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